L’IACE décrypte l’évolution des importations tunisiennes… Voire les dessous d’un trend contrasté

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Tunisie-Tribune (Les importations ou les dessous d’un trend contrasté) – Le nouveau blog de l’IACE de ce jeudi 23 octobre 2025, décrypte l’évolution contrastée des importations tunisiennes, entre ralentissement des achats de produits de base et regain des biens de production, révélant à la fois des signaux de reprise économique et des fragilités persistantes.

Aggravation du déficit commercial

Le déficit commercial tunisien continue de s’aggraver, révélant des déséquilibres structurels persistants au sein de l’économie nationale. Selon l’Institut arabe des chefs d’entreprises, l’étude « Importations : les dessous d’un trend contrasté » met en évidence un creusement préoccupant de la balance commerciale, qui a atteint 16,728 milliards de dinars au cours des neuf premiers mois de 2025, dépassant les 13,497 milliards enregistrés sur la même période en 2024, d’après les données de l’Institut National de la Statistique. Cette aggravation résulte principalement d’une reprise des importations en hausse de 5,4 %, tandis que les exportations restent quasi stagnantes, progressant seulement de 0,03 %.

Une dynamique complexe pousserait une reprise économique 

La progression générale des achats extérieurs masque néanmoins une dynamique complexe qui pourrait signaler une reprise économique naissante. La baisse des importations de produits énergétiques et alimentaires traduit un recul de la demande des produits de base. En parallèle, les importations de produits miniers, intermédiaires et d’équipement enregistrent une croissance notable, reflétant un accroissement des intrants nécessaires à la production nationale.

La balance alimentaire affiche un excédent de 620 millions de dinars en septembre 2025

Le recul de la demande de produits de base bénéficie à la balance alimentaire, qui affiche un excédent de 620 millions de dinars en septembre 2025. Cette performance est soutenue par une baisse de 3,5 % de la valeur des importations, notamment de céréales, dont les quantités collectées ont atteint 11,780 millions de quintaux, un résultat largement attribué à des conditions météorologiques favorables.

En revanche, le secteur énergétique continue de peser sur le déficit commercial, représentant 48 % de celui-ci. La production quotidienne moyenne de pétrole a chuté de 77 000 barils en 2010 à 27 000 barils actuellement, tandis que la production de gaz a reculé de 9 %. Le ralentissement des importations énergétiques de 11,8 % s’explique principalement par la baisse de 15 % du cours moyen du Brent et la dépréciation du dollar, illustrant que les acquis tirés de la conjoncture favorable demeurent fragiles.

Une vulnérabilité,et des signes de reprise productive

Malgré cette vulnérabilité, l’économie tunisienne montre des signes de reprise productive, portés par l’essor des biens de production. Les importations de produits intermédiaires ont progressé de 5,4 %, et celles de produits d’équipement de 22,1 %, comparativement à des augmentations plus faibles en 2024. Le secteur manufacturier, représentant 79 % des exportations et 71 % des importations, observe un regain de dynamisme. L’industrie du textile, de l’habillement et du cuir affiche une augmentation des achats extérieurs de 3,5 %, tandis que les industries mécaniques et électriques enregistrent une progression de 15 %. Cette évolution traduit un recours stratégique aux importations pour soutenir les exportations et renforcer l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales.

Le secteur minier contribue également à cette dynamique. Les importations de produits miniers et phosphatés ont bondi de 22,6 %, tandis que les exportations ont progressé de 8 %. La production du premier semestre a atteint 1,8 million de tonnes, soit une hausse de 55 % par rapport à l’année précédente. La Compagnie des Phosphates de Gafsa vise 5 millions de tonnes d’ici la fin de l’année, un objectif susceptible d’alléger le déficit commercial et de compenser d’éventuelles baisses dans d’autres secteurs comme l’huile d’olive.

Les experts appellent néanmoins à la prudence.

La reprise demeure fragile en raison de la faible diversification des partenaires et de la spécialisation limitée, qui exposent l’économie aux fluctuations extérieures. Une chute des commandes automobiles allemandes pourrait transformer les intrants importés en stocks inutilisables, et le secteur du phosphate reste sensible aux tensions sociales, aux difficultés de transport et aux contraintes environnementales. Pour consolider la reprise, il est recommandé de renforcer le rôle du secteur agricole, d’accélérer la transition énergétique et de diversifier les partenaires commerciaux tout en améliorant la valeur ajoutée des productions tunisiennes.