Tunisie-Tribune (Protection des pêcheurs et de l’environnement marin) – C’est un tournant historique pour la sécurité en mer. Avec l’adhésion officielle de l’Argentine ce 24 février 2026, l’Accord du Cap de 2012 a enfin réuni les conditions nécessaires pour son application mondiale. Ce traité, qui entrera en vigueur dans exactement 12 mois, promet de transformer les standards de la pêche industrielle. Alors que la flotte tunisienne fait face à des défis de modernisation, la question de l’adhésion de Tunis devient cruciale.
Un dénouement après 15 ans d’attente
Le dépôt de l’instrument d’adhésion par Mme Mariana Edith Plaza, Ambassadrice d’Argentine au Royaume-Uni, au siège de l’Organisation Maritime Internationale (OMI) à Londres, marque la fin d’une longue attente. L’Argentine est le 28e État à rejoindre ce traité, permettant de dépasser le seuil requis des 3 600 navires de pêche éligibles.
L’Accord du Cap de 2012 entrera donc officiellement en vigueur en février 2027, comblant une lacune de longue date dans le cadre mondial de la sécurité maritime. Jusqu’ici, la pêche — l’un des métiers les plus périlleux au monde — ne disposait pas de normes internationales contraignantes comparables à celles du transport de marchandises.
Ce que change l’Accord pour la flotte mondiale
Le traité définit des normes de sécurité obligatoires pour les navires d’une longueur égale ou supérieure à 24 mètres. Selon les données de la FAO, cela concerne plus de 45 000 navires opérant généralement en haute mer. Les piliers techniques du texte incluent :
- La navigabilité : Standards de construction, de stabilité et d’étanchéité pour résister aux conditions extrêmes.
- La survie : Équipements de sauvetage (canots, gilets), protection contre les incendies et systèmes de communications radio d’urgence.
- Le contrôle : Les États du pavillon doivent garantir la conformité de leurs navires, tandis que les États du port obtiennent le droit d’inspecter les navires étrangers pour vérifier le respect des exigences.
« Des milliers de pêcheurs perdent la vie chaque année alors qu’ils travaillent pour répondre à la demande mondiale croissante. L’Accord du Cap contribuera à protéger les équipages tout en préservant les navires », a déclaré Arsenio Dominguez, Secrétaire général de l’OMI.
Le « Quatrième Pilier » de la gouvernance maritime
L’Accord du Cap ne fonctionne pas de manière isolée. Il complète trois autres instruments clés déjà en vigueur pour assainir le secteur :
- Convention STCW-F (OMI) : Formation et certification des marins-pêcheurs.
- Convention de l’OIT (2007) : Conditions de travail (repos, alimentation, santé).
- Accord de la FAO (2009) : Mesures du ressort de l’État du port pour éradiquer la pêche illicite (INN).
L’enjeu pour la Tunisie : Pourquoi sauter le pas ?
Si la Tunisie ne figure pas encore parmi les 28 pionniers (comprenant la France, l’Espagne, le Japon ou le Kenya), les bénéfices d’une adhésion seraient multiples pour le secteur halieutique national :
- Sécurisation des marins tunisiens : La flotte tunisienne opérant au large (notamment pour le thon rouge et les grands pélagiques) gagnerait en sécurité, réduisant les accidents tragiques et les coûts d’assurance pour les armateurs.
- Accès au marché européen : L’Union européenne privilégie de plus en plus les produits issus de navires respectant les standards internationaux. L’adhésion serait un « label de qualité » indispensable pour les exportations tunisiennes.
- Souveraineté et contrôle : En ratifiant le traité, la Tunisie renforcerait son pouvoir d’inspection sur les navires étrangers transitant par ses ports, permettant de mieux lutter contre la pêche illégale et la pollution marine par les plastiques (engins de pêche abandonnés).
- Compétitivité des chantiers navals : S’aligner sur les normes du Cap permettrait aux constructeurs navals tunisiens de proposer des navires certifiés pour le marché international, boostant ainsi l’économie bleue nationale.
Conclusion
Le compte à rebours est lancé pour février 2027. Pour la Tunisie, pays de tradition maritime millénaire, s’engager dans l’Accord du Cap représenterait un signal fort : celui d’une pêche moderne, humaine et respectueuse de la Méditerranée.























































