910 millions de dinars jetés par an… Comment stopper l’hémorragie du gaspillage alimentaire en Tunisie ?

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  1. Alerte : Un trésor dans nos poubelles
    – Entre vide législatif et solutions citoyennes
    – Pour un plan de sauvetage pour la Tunisie

Tunisie-Tribune (Gaspillage Alimentaire) – En Tunisie, le chiffre donne le tournis : 910 millions de dinars. C’est le coût annuel du gaspillage alimentaire généré uniquement par les foyers tunisiens. Selon l’Institut National de la Consommation (INC), cela représente environ 5 % du budget alimentaire des ménages.

Pourtant, ce montant n’est que la partie émergée de l’iceberg. Il ne comptabilise ni les invendus des grandes surfaces, ni les pertes des marchés de gros, ni les surplus de la restauration. À l’heure où l’inflation pèse sur chaque panier et où l’espace budgétaire se contracte, ce gaspillage n’est plus une simple mauvaise habitude : c’est un naufrage économique et un défi à la souveraineté nationale.

Alerte : Un trésor dans nos poubelles

Derrière ces millions se cache une ressource qui existe déjà, mais qui disparaît silencieusement, assiette après assiette. Pour donner une mesure concrète de ce gâchis, ces 910 millions de dinars permettraient de :

  • Construire plusieurs milliers de logements sociaux.
  • Financer des bourses universitaires pour des dizaines de milliers d’étudiants.
  • Renforcer les cantines scolaires dans les régions les plus vulnérables.

    Le « Paradoxe du Pain » : 100 millions de dinars de subventions à la poubelle

Le pain reste le symbole le plus douloureux de ce gâchis. En Tunisie, nous jetons 900 000 miches par jour, soit environ 113 000 tonnes par an.

  • Le coût : Près de 100 millions de dinars de pertes annuelles.
  • L’absurdité : Le pays importe son blé, subventionne massivement le pain et subit une inflation alimentaire record.
  • Le pic du Ramadan : Ce chiffre s’aggrave dramatiquement durant le mois saint, où près de la moitié du pain acheté finit directement aux ordures.

Entre vide législatif et solutions citoyennes : L’attente d’un « Cadre Garot »

Pourquoi la France a-t-elle réussi là où nous stagnons ? La loi Garot (2016) est devenue une référence mondiale en imposant aux supermarchés de plus de 400 m² l’obligation de redistribuer leurs invendus consommables à des associations. La destruction volontaire de nourriture y est formellement interdite.

En Tunisie, la promesse d’une stratégie nationale et d’une loi pour septembre 2025 est restée lettre morte. En ce mois de mars 2026, le constat est amer : rien de concret n’a été mis en place et le sujet semble avoir quitté l’agenda politique. Comme le souligne notre collègue Mahmoud EL GHOUL, la Tunisie n’a plus besoin de comités de pilotage, mais d’un cadre légal contraignant qui transforme l’obligation de redistribution en norme.

Pour un plan de sauvetage : 5 réflexes pour sauver votre budget

Puisque la loi tarde, la résistance commence dans nos cuisines. Voici comment transformer vos habitudes pour préserver vos ressources et la planète :

  1. Le « Menu de la Semaine » : N’achetez que ce dont vous avez besoin. Une liste de courses précise réduit les achats impulsifs de manière significative.
  2. La règle du « Premier Entré, Premier Sorti » : Rangez les produits dont la date de péremption est proche à l’avant du réfrigérateur pour les consommer en priorité.L’art du Recyclage Culinaire : Le pain rassis peut devenir une délicieuse chapelure ou des croûtons pour votre Chorba. Les légumes fatigués sont parfaits pour des soupes ou des quiches.
  3. Déchiffrer les étiquettes : Ne confondez plus la « Date Limite de Consommation » (sécurité alimentaire) et la « Date de Durabilité Minimale » (le produit peut perdre en qualité mais reste consommable sans risque).
  4. Le « Gourmet Bag » : Au restaurant, demandez à emporter vos restes. C’est un geste de respect pour le travail humain et les ressources naturelles (eau, énergie) mobilisées pour produire ce repas.

Unm choix de société

Le gaspillage alimentaire n’est pas une fatalité, c’est un paradoxe structurel que nous pouvons briser. Entre l’urgence d’une loi « anti-gaspi » et la responsabilité individuelle, chaque miche de pain sauvée est une victoire contre la précarité. La ressource ne manque pas en Tunisie : elle est simplement dans ce que nous jetons.

Source : sujet initié par plusieurs sources et inspiré par Mahmoud EL GHOUL  / L’instant M