Tunisie Tribune (passe vaccinal) – Le ministère de l’Education vient d’exiger un passe vaccinal pour les enfants âgés de 15 à 18 ans. Une décision qui tombe comme un coup de massue et nous place dans une position délicate car, d’une part, l’enseignement est un droit constitutionnel, alors que, de l’autre côté, dans sa forme actuelle, cette décision est une violation flagrante des droits des enfants, car qu’on le veuille ou non, personne n’a le droit d’interdire l’accès aux institutions éducatives aux élèves sous prétexte qu’ils n’ont pas été vaccinés. Voilà en quelques mots ce que pouvait nous dire Moëz Cherif, président de l’Association de défense des droits de l’enfant et membre de la campagne nationale de vaccination contre le coronavirus, qui ajoute qu’une telle décision fait très mal dans l’esprit des Tunisiens.
Il n’y aura pas d’exception…
Dans une déclaration accordée à La Presse, Moëz Cherif indique que le ministère de l’Education n’a pas le droit de prendre une telle décision parce que le décret présidentiel est clair et stipule «qu’il est attribué un passe vaccinal à chaque personne de nationalité tunisienne ou résidant en Tunisie, âgée de 18 ans et plus et ayant achevé son schéma vaccinal contre le virus SarsCoV-2». Donc, le passe vaccinal n’est pas exigé pour les moins de 18 ans.
«D’ailleurs, même dans les espaces publics, où on exige la présentation du passe vaccinal, les mineurs de moins de 18 ans ne sont pas concernés par cette mesure… Et donc, les enfants peuvent obtenir un passe vaccinal, mais ils ne sont pas tenus de le présenter… On ne peut faire d’exception au niveau du ministère de l’Education. On a essayé d’obtenir des éclaircissements à ce sujet, mais aucune explication n’a été fournie. Je ne sais si cela signifie contredire ce qui existe dans le décret présidentiel… Mais de toute façon, il faut expliquer les motifs de cette décision, parce que même le ministère ne peut être contraignant au-delà du niveau d’une loi… A mon avis, le ministère doit revenir sur cette décision d’exiger un passe vaccinal pour les enfants âgés de 15 à 18 ans. Tout d’abord, parce que les enfants de moins de 18 ans ne sont pas des décideurs ; si les parents décident de ne pas faire vacciner leurs enfants, on ne peut les sanctionner pour un comportement dont ils ne sont pas responsables. De plus, il n’y a pas eu des recommandations particulières ni du Comité scientifique de lutte contre le coronavirus, ni du Comité de pilotage de la campagne nationale de vaccination… C’est encore une fois, une décision unilatérale et vide de sens, prise sans aucune concertation avec les autorités sanitaires concernées. C’est aussi une violation flagrante des droits des enfants, car personne n’a le droit d’interdire aux étudiants ou aux élèves l’accès aux établissements éducatifs ou universitaires sous prétexte qu’ils n’ont pas été vaccinés», explique-t-il.
Vacciner oui, exiger non
Sur un autre plan, Moëz Cherif précise qu’avec l’apparition des variants Delta et Omicron, tout le monde fait face à une terrible réalité étant donné que nous n’avons jamais été aussi inquiets pour nos enfants qu’aujourd’hui. Il devient très clair que les enfants sont également fortement impactés par ces deux variants, notamment les moins de deux ans. Ce qui fait que la vaccination de nos enfants est essentielle pour établir une barrière immunitaire contre le virus. Leur vaccination est, donc, une priorité nationale.
«Avec les variants Delta et Omicron, les enfants peuvent êtres contaminés même s’ils ne font pas des formes graves. C’est ce qu’on a constaté partout dans le monde. Donc, il n’y a pas d’enfants qui ont été hospitalisés avec des formes graves suite au coronavirus, mais le risque de contamination et de transmission existe toujours et plus le virus circule dans une société, plus le risque de contaminer des personnes est élevé et plus le risque d’avoir des mutations est élevé. D’où l’obligation de vacciner les enfants qui reste un moyen de couverture et d’accroître l’immunité générale de la population. Toutefois, interdire l’accès aux écoles est et restera une ligne rouge, c’est un pas qui a été franchi, mais qui n’est pas conforme à la loi en vigueur», souligne-t-il.
Un certain manque de coordination
Moëz Cherif affirme aussi que cette décision prouve encore une fois le manque de coordination entre les différents ministères. Ce manque vient principalement du ministère de l’Education et ce n’est pas la première fois. «Même quand il y a eu la décision prise de l’année dernière de faire un enseignement alterné par groupes, c’était une décision prise par le ministère de l’Education indépendamment des autres ministères, alors que trois jours auparavant, il y a eu un engagement de sept ministères de garantir une rentrée scolaire normale. Le variant qui circulait au mois de septembre 2020 ne concernait pas les enfants, qui n’étaient ni contaminateurs, ni malades. Cela n’obéit à aucune règle scientifique et il n’y a jamais eu des recommandations du Conseil scientifique ou du Comité national de vaccination… Ce n’était pas une décision gouvernementale, mais une décision sectorielle prise par le ministère de l’Education. Cette année, on risque de répéter le même scénario et là, ce sont toujours les enfants qui seront victimes d’une telle décision», précise-t-il.


























































