Tunisie-Tribune (Le déficit commercial Afrique-Chine) – Le déficit commercial de l’Afrique avec l’Empire du Milieu a connu une explosion sans précédent l’année dernière, bondissant de 64,5 %. Alors que Pékin réoriente ses exportations pour contrer les barrières américaines, la Tunisie, à l’instar du reste du continent, voit ses importations chinoises peser de plus en plus lourd sur sa balance commerciale.
Une explosion record portée par la stratégie de Pékin
Selon les données publiées le 21 janvier 2026 par l’administration générale des douanes chinoises, le déficit commercial du continent avec la Chine s’est établi à 102,01 milliards de dollars en 2025.
Ce creusement spectaculaire s’explique par une dynamique à deux vitesses :
- Exportations chinoises vers l’Afrique : +25,8 % (225,03 milliards $).
- Importations chinoises depuis l’Afrique : +5,4 % seulement (123,02 milliards $).
La valeur totale des échanges a atteint le sommet historique de 348,05 milliards de dollars. Ce flux massif de produits chinois vers les marchés émergents résulte en grande partie de la stratégie de Pékin pour compenser la perte de parts de marché aux États-Unis, suite aux hausses massives de droits de douane imposées par l’administration Trump.
Focus Tunisie : Un déficit structurel qui s’aggrave
En Tunisie, la tendance suit la trajectoire continentale. Selon les derniers chiffres de l’Institut National de la Statistique (INS) pour l’année 2025, la Chine demeure le premier fournisseur de la Tunisie, mais le déséquilibre est frappant :
- Le déficit commercial avec la Chine représente environ 25 % du déficit total de la Tunisie.
- Les importations tunisiennes sont dominées par les équipements de télécommunication, les machines industrielles et les produits de consommation, tandis que les exportations tunisiennes vers la Chine (principalement phosphates et composants électriques) peinent à décoller.
L’illusion des démantèlements tarifaires
Pour tenter de calmer les critiques, Pékin a multiplié les gestes diplomatiques. Depuis le 1er décembre 2024, la Chine applique un tarif douanier nul sur 100 % des produits en provenance des pays les moins avancés (PMA). En juin 2025, cette offre a été étendue aux pays à revenu intermédiaire, dont la Tunisie pourrait potentiellement bénéficier.
Toutefois, pour les experts, le problème n’est pas douanier mais structurel. Charlie Robertson, économiste spécialiste de l’Afrique, souligne que le continent souffre d’un déficit d’industrialisation : l’Afrique exporte des matières premières brutes et importe des produits à forte valeur ajoutée, comme les technologies vertes (15 032 MW de panneaux solaires importés en un an, soit +60 %).
Vers une guerre commerciale « Made in Africa » ?
Le risque de tensions est désormais réel. Le cabinet Oxford Economics prévoit que si l’offensive commerciale chinoise se poursuit au même rythme en 2026, plusieurs pays africains pourraient réagir.
Trois leviers de riposte sont envisagés :
- Mesures antidumping : Instauration de droits de douane ciblés sur les produits finis.
- Quotas d’importation : Limitation des volumes pour protéger l’artisanat et l’industrie locale.
- Souveraineté industrielle : Accélération des politiques de « Local Content » pour favoriser la production nationale.
En Tunisie, le débat sur la protection de l’industrie locale face aux produits asiatiques à bas prix devient crucial pour préserver les réserves de change et l’emploi industriel.





















































