Le plasticien Aly Issa décède à l’âge de 83 ans

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Tunisie-Tribune (Aly Issa) – L’artiste plasticien Aly Issa, 83 ans, a été retrouvé mort dans sa maison au Bardo qui fait office de logement et de galerie, apprend l’agence TAP ce jeudi 19 décembre, auprès l’un de ses amis.

Dans son faire-part publié, jeudi, le ministère des Affaires Culturelles présente ses sincères condoléances à la famille de l’artiste ainsi qu’à tous les professionnelles du secteur des arts plastiques.

L’artiste plasticien Sami Ben Ameur, un ami proche du défunt, a indiqué à l’agence TAP que « la mort de Aly issa annoncé aujourd’hui remonte à près de 10 jours déjà ». Selon les informations en sa possession, il a affirmé que la dépouille de l’artiste a été « découverte après que ses voisins ont soupçonné une odeur se dégageant de son domicile ». Il a évoqué la mémoire d’un homme « assez discret et mystérieux qui vivait seul » dans une sorte de « sanctuaire » qui fait office de logement, de galerie et de musée. « Ce sanctuaire réunit la plus grande œuvre artistique de l’artiste », a précisé Ben Ameur.

Il a déploré la perte d’un artiste exceptionnel dont la première rencontre avec lui remonte à 1977, lors d’une exposition à la « Galerie Yahia » à Tunis. Le connaissant de très près, Ben Ameur évoque « un personnage assez spécial et un aventurier qui a beaucoup voyagé et vécu toujours dans la discrétion ». Autour de son oeuvre plastique, il décrit « un artiste, -ayant une relation privilégiée avec les objets et l’histoire-, qui fait usage des techniques mixtes sur divers supports artistiques ».

L’artiste est né le 30 mars 1938 à Bizerte, ville où il avait fait ses études secondaires avant de rejoindre la Capitale pour poursuivre, à partir de 1957, ses études universitaires à l’Ecole des Beaux Arts de Tunis (l’actuel Institut supérieur des beaux-arts de Tunis, ISBAT). Il a débuté son parcours professionnel en Tunisie, en devenant enseignant d’éducation artistique au lycée de Grombalia, au Cap Bon, pour ensuite enseigner l’histoire de l’art dans les Ecoles normales des instituteurs et institutrices.

L’artiste a également une formation académique dans des institutions d’art étrangères à l’instar de la prestigieuse Académie libanaise des beaux arts (ALBA) et l’Université américaine de Beyrouth (AUB). Il a aussi fréquenté l’Université américaine de Washington (UW). Le défunt est lauréat de plusieurs distinctions et récompenses nationales et internationales dans des pays comme la France, l’Italie et le Canada. Il est aussi détenteur de deux médailles honorifiques décernées par deus institutions académiques occidentales, française et Italienne.

Au terme de multiples séjours à l’étranger, notamment le Liban, Aly Issa était revenu au vivre au pays pour ensuite créer sa propre galerie « Alyssa », dans la région du Bardo à Tunis.

Un documentaire du réalisateur-plasticien Marwen Trabelsi sur sa la vie d’Aly Issa intitulé « L’homme qui est devenu musée », a été présenté aux Journées Cinématographiques de Carthage (JCC), dans la section Regard sur le cinéma tunisien. L’artiste entouré d’objets et d’œuvres artistiques réalisés ou dénichés de 1945 à 2019, disait : « je suis un collectionneur du temps de notre époque. Je ramasse vos objets cassés, délaissés ou bien oubliés. Je leur donne une vie et je les ressuscite ».

Au milieu de ses poèmes et de ses œuvres achevées et inachevées, Aly Issa livre dans un testament, écrit de sa main, vouloir « faire don de ses organes à la médecine, après sa mort ». Il fait aussi don de « son sanctuaire, son musée et l’ensemble de ses œuvres plastiques et artistiques estimé à 3000 toiles, à l’Etat tunisien ». Cette même volonté est reprise par l’artiste Sami Ben Ameur disant que l’artiste a aussi exprimé sa volonté de « se faire enterrer dans le jardin de sa galerie qu’il rêve de voir se transformer en un musée national d’art ouvert au peuple ».

Même s’il n’a pu exaucer la moitié de son rêve, cette volonté fera certainement plaisir à cet artiste ayant vécu et parti dans la discrétion totale, et pour lequel l’art est une foi et une religion.

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