Covid-19 : mélanger les vaccins, des résultats prometteurs

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Tunisie-Tribune (Covid-19) – Selon les résultats de plusieurs études, utiliser deux vaccins différents contre le Covid-19 se révèle « tout autant voire plus efficace » qu’utiliser deux fois le même vaccin.

Cela avait été perçu comme l’un des grands couacs de la campagne de vaccination française contre le Covid-19. Finalement, cela pourrait se révéler être une stratégie efficace. Fin mars 2021, la Haute Autorité de santé annonçait l’interdiction du vaccin AstraZeneca pour les moins de 55 ans après de rares cas de thromboses en Europe. Alors que la majorité des sérums anti-Covid nécessitent deux injections, 600 000 personnes primo-vaccinées se sont ainsi retrouvées dans l’impasse. Que faire pour leur seconde dose : garder AstraZeneca quand même ? Ne se contenter que de la première injection ?  Utiliser un autre vaccin ?

La France, comme d’autres pays, notamment le Danemark ou l’Allemagne, a choisi la dernière option et invité les personnes concernées à se tourner vers les vaccins Pfizer ou Moderna. Un saut dans l’inconnu, parfois décrié comme une improvisation inconsciente, alors que les effets de ce mélange restent incertains. Au même moment, l’OMS, se refusait d’ailleurs à privilégier cette solution, faute de « données adéquates ».

Quelques semaines plus tard, plusieurs études offrent des conclusions rassurantes. Elles tendent même à montrer que cette stratégie, née d’une nécessité, se révèle finalement prometteuse.

« Il n’y a jamais eu de raison de s’inquiéter »

En Espagne, une vaste étude portant sur 600 patients a ainsi été mise en place par l’institut de recherche en Santé publique Carlos III. Un tiers d’entre eux, soit 448 personnes, se sont vus administrer une dose de vaccin à ARN messager Pfizer huit à douze semaines après avoir reçu une première injection d’AstraZeneca. Le dernier tiers a simplement été placé en observation, sans nouvelle injection. Selon les résultats, publiés dans la revue scientifique The Lancet, les patients ayant bénéficié de deux doses ont développé « une réponse immunitaire robuste », bien supérieure à ceux placés en observation.

Les scientifiques d’une étude menée, cette fois-ci, à l’hôpital de la Charité à Berlin, sont arrivés aux mêmes constats. D’après les résultats mis en avant dans la revue scientifique Science, un groupe vacciné avec AstraZeneca puis, dix à douze semaines plus tard, avec Pfizer, a développé la même réponse immunitaire qu’un second groupe, qui a reçu deux doses de Pfizer à trois semaines d’intervalle.

« Ces résultats ne sont pas surprenants« , réagit Françoise Salvadori, docteure en virologie et maîtresse de conférences à l’université de Bourgogne, contactée par France 24.

« Il n’y a jamais eu de raison de s’inquiéter de ces mélanges », abonde Pierre Saliou, professeur agrégé du Val-de-Grâce et spécialiste de la vaccinologie. « Si la technique entre AstraZeneca, et Pfizer et Moderna, est différente, le résultat final est le même : fabriquer la protéine Spike du coronavirus pour apprendre à notre système immunitaire à s’en défendre. »

Pour rappel, le vaccin à ARN messager – Pfizer et Moderna – fonctionne en libérant un brin d’ARN dans nos cellules, c’est-à-dire une copie temporaire d’un fragment d’ADN. Celui-ci va permettre de fabriquer la protéine de spicule du coronavirus pour apprendre à notre système immunitaire à la reconnaître et à la combattre. Celle-ci est, en effet, la clé qui permet au SARS-CoV-2 de pénétrer dans notre organisme. Les vaccins à adénovirus, comme AstraZeneca ou Johnson et Johnson, fonctionnent différemment : ils délivrent de l’ADN du virus désactivé. Cet ADN va se transformer en ARN pour produire lui aussi la protéine.

« Nous savons que les vaccins Pfizer et Moderna sont très efficaces, à plus de 95 % », insiste Pierre Saliou. « Il est normal qu’un patient, boosté par une seconde dose de ces vaccins, développe une réponse immunitaire plus solide que quelqu’un qui n’aurait reçu qu’une seule dose d’AstraZeneca, déjà considéré comme moins efficace. »

Une technique plus efficace ?

Une troisième étude, à plus petite échelle, va plus loin et avance que recevoir deux doses de vaccins différents engendrerait même une meilleure réponse immunitaire. Menée à l’université allemande d’Ulm, cet essai porte sur 26 patients, âgés de 25 à  46 ans. Ces derniers ont reçu une première dose d’AstraZeneca puis une injection de Pfizer huit semaines plus tard. Selon les résultats avancés et publiés le 2 juin, les patients ont développé un taux d’anticorps beaucoup plus élevé avec ce mix qu’avec deux doses de Pfizer.

« Cela peut s’expliquer par le fait qu’en utilisant plusieurs techniques, on peut jouer sur différents tableaux de notre système immunitaire », explique Pierre Saliou, invitant tout de même à prendre ces derniers résultats avec modération. « Les vaccins comme AstraZeneca sont connus pour stimuler nos lymphocytes T, dits tueurs, qui détruisent les cellules infectées. Les vaccins à ARN messagers, eux, sont bons pour produire des anticorps. »

En réalité, cette possibilité d’utiliser deux vaccins différents pour jouer sur plusieurs tableaux intéresse les virologues depuis plusieurs années. Cette approche, appelée dans le jargon scientifique « le prime-boost hétérologue », a en effet fait l’objet de plusieurs expérimentations, notamment dans la recherche d’un traitement contre Ebola, contre la tuberculose mais aussi contre le VIH.

« Dans ces expérimentations, on a effectivement constaté, en général, une amélioration de la réponse immunitaire cellulaire, c’est-à-dire des lymphocytes T », explique Françoise Salvadori.

Plus d’effets secondaires ? 

Et qu’en est-il des effets secondaires ? Une étude à grande ampleur de l’Université d’Oxford, lancée en février, révèle que les patients ayant reçu AstraZeneca puis Pfizer sont plus nombreux à développer des effets secondaires comme de la fatigue, des maux de tête ou encore des douleurs musculaires. Ces symptômes restent cependant bénins et ont souvent disparu au bout de 48 heures. Les conclusions sont similaires dans les trois études menées en Espagne et en Allemagne.

L’étude britannique se poursuit actuellement, s’intéressant à d’autres combinaisons de vaccins : Pfizer puis AstraZeneca, AstraZeneca puis Moderna, Moderna et AstraZeneca…

Généraliser le procédé 

Pour les pays qui avaient choisi cette option en avril, le pari semble donc gagnant. « Et cela pourrait aussi être une solution pour les États souffrant de pénuries de vaccins », souligne Pierre Saliou. « Ces mélanges offrent évidemment plus de flexibilité. »

Françoise Salvadori, quant à elle, se projette déjà dans l’hypothèse de l’injection de troisième dose. « Si on juge nécessaire de faire des rappels de vaccins, il faudra de toute façon envisager ces mélanges », estime-t-elle.

Pour cause, « une troisième injection de vaccin à adénovirus serait sans aucun doute moins efficace que les précédentes. Les anticorps précédemment produits risquent en effet d’en atténuer les effets. Utiliser une autre technique pourrait contrer cela ».

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