Tunisie-Tribune (Canicule 2026) — Sous un soleil de plomb qui écrase le pays, le quotidien des Tunisiens vire à l’épreuve de force. Entre la course effrénée pour dénicher un pack d’eau minérale et les coupures d’électricité imprévues qui étouffent les logements comme les commerces, l’exaspération collective atteint une limite critique. Une question s’impose : jusqu’à quand le citoyen devra-t-il payer au prix fort un service public de plus en plus intermittent ?
Robinets à sec et pannes de courant : l’étouffoir au quotidien
« En pleine fournaise estivale, bénéficier d’un confort élémentaire ressemble désormais à un privilège ». D’un côté, la défiance envers l’eau du robinet distribuée par la SONEDE est telle que des foyers désemparés en viennent à scruter la moindre source alternative, jusqu’à l’eau de condensation des climatiseurs. De l’autre, la STEG applique des délestages sans préavis : ventilateurs et climatiseurs se coupent brutalement au plus chaud moment de la journée, les appareils électroménagers grillent, les petits commerces voient leur chaîne du froid compromise et le travail s’interrompt. Comment préserver sa santé ou simplement tenir le coup lorsque les deux piliers de l’énergie et de l’eau fléchissent au même moment ?
La dépendance à l’eau en bouteille et la dérive spéculative
Faute de pouvoir boire l’eau du robinet, chaude et souillée par les sésidus de plomb issus de la tuyauterie, les familles se tournent massivement vers l’eau minérale embouteillée.
Cet arbitrage forcé alimente une pénurie artificielle où s’installent spéculation et passe-droits. Chez certains épiciers de quartier, obtenir deux bouteilles relève de la négociation cordiale ; chez d’autres, les tarifs grimpent sans vergogne, imposés sur le ton du « c’est à prendre ou à laisser ».
Les données de terrain confirment ce basculement : selon l’Observatoire Tunisien de l’Eau, la consommation d’eau minérale par habitant a plus que doublé en quinze ans pour dépasser les 225 litres annuels, loin de la moyenne planétaire (autour de 40 litres). Pour un ménage moyen, cette dépense contrainte ampute le budget mensuel d’environ 100 dinars supplémentaires. Une charge intenable pour des salaires déjà rognés par l’inflation, qui s’ajoute mécaniquement aux factures habituelles de la SONEDE.
Monopoles publics et facturation : le nœud de la rupture
Le sentiment d’injustice grandit devant les compteurs : que rémunère exactement l’usager ? Une eau véritablement propre à la consommation ou un simple débit d’usage technique et ménager ?
La SONEDE ne peut se contenter d’aligner des communiqués d’avaries techniques sans engager de campagne claire sur la qualité de l’eau pour rétablir un minimum de confiance. Côté STEG, l’incompréhension domine face au maintien de grilles tarifaires élevées alors que la continuité de fourniture cède dès que le thermomètre s’emballe. Lorsque le contrat de service n’est plus garanti, la légitimité des tarifs devient intenable pour les ménages.
Devoir civique et réformes structurelles de l’État
Cette tension appelle une double prise de responsabilité. Sur le plan civique, la panique du surstockage (la fameuse « lahfa ») vide prématurément les rayons et pénalise d’abord les plus fragiles, personnes âgées ou malades, qui n’ont ni la mobilité ni les moyens d’anticiper. Spéculer ou accaparer en temps de crise heurte les principes de solidarité élémentaire.
La Modernisation des réseaux avec des prévisions budgétaires rigoureuses devient impérative
Mais la réponse déterminante reste institutionnelle. La STEG et la SONEDE ne peuvent plus agir en simples gestionnaires de recouvrement.
Face au dérèglement climatique, la modernisation des réseaux, la sécurisation des investissements et une gestion budgétaire rigoureuse des infrastructures ne sont plus des options techniques : elles conditionnent directement la dignité et la santé des citoyens.
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