- 28e Forum international de Réalités sur le Partenariat Tunisie-Union Eutopéenne
- Le temps de l’audace et d’une mise à jour radicale des logiciels
- L’heure est à la réciprocité stratégique et à la refondation des chaînes de valeur.
Tunisie-Tribune (28e Forum international de Réalités) – À l’issue de la 28e édition du Forum international de Réalités à Hammamet, axée sur les chocs globaux et le « Pacte pour la Méditerranée », le constat est unanime : l’architecture des relations économiques entre Tunis et Bruxelles est essoufflée. Entre impératifs de souveraineté énergétique, fuite des cerveaux et urgence de réciprocité, le moment est venu de refonder un destin commun fondé sur des résultats tangibles.
Les crises géopolitiques successives, les mutations climatiques et les soubresauts de l’économie mondiale ne laissent plus de place au statu quo. Réunis à Hammamet pour le 28e Forum international de Réalités, experts, diplomates et acteurs économiques ont planché sur une équation complexe mais vitale : comment immuniser l’axe Tunisie-Union européenne face aux chocs globaux tout en redéfinissant les règles d’un jeu asymétrique qui a trop longtemps montré ses limites ?
L’heure est à la réciprocité stratégique
Au-delà des discours convenus sur le voisinage, le message fort qui émerge de conclaves successifs est celui d’une rupture méthodologique. La Tunisie et l’UE ne peuvent plus se contenter d’une gestion conjoncturelle des flux migratoires ou d’accords commerciaux unilatéraux. L’heure est à la réciprocité stratégique.

1. Sécurité énergétique et transition verte : Le pivot de la souveraineté partagée
La transition énergétique n’est plus une option cosmétique pour la Tunisie ; c’est un impératif absolu de survie économique et un marqueur de souveraineté. Alors que l’Europe cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement et à verdir son mix énergétique (notamment à travers l’hydrogène vert et les interconnexions électriques comme le projet ELMED), la Tunisie dispose d’un potentiel exceptionnel.
Cependant, le partenariat ne doit pas reproduire les travers d’un néo-extractivisme vert où le Sud se contente d’exporter des électrons ou des ressources brutes au détriment de ses propres besoins industriels et sociaux. La véritable valeur ajoutée réside dans l’industrialisation locale des filières propres, le transfert de technologies et des investissements structurants sur le sol tunisien.

2. Capital humain, compétences et mobilité : Stopper l’hémorragie, valoriser les talents
L’autre nerf de la guerre économique réside dans la gestion du capital humain. Le défi de la mobilité et de l’emploi cristallise les tensions : d’un côté, une fuite des cerveaux alarmante qui prive la Tunisie de ses ingénieurs, médecins et techniciens supérieurs ; de l’autre, des besoins criants sur le marché européen.
Le nouveau pacte méditerranéen ne sera crédible qu’à condition d’instaurer une mobilité circulaire intelligente. Il ne s’agit plus de faciliter l’exode définitif des compétences, mais de bâtir des passerelles de formation co-financées, des programmes de co-développement entrepreneurial et des investissements directs de la diaspora, transformant la fuite des cerveaux en une circulation fructueuse de savoir-faire.
3. Du voisinage au destin partagé : Vers des indicateurs de résultats concrets
Le piège des politiques euro-méditerranéennes passées a souvent résidé dans l’accumulation de déclarations d’intention et de programmes d’aide saupoudrés sans vision macroéconomique claire. Pour que ce nouveau pacte réussisse, la méthodologie doit changer :
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Passer d’une logique d’assistance à une logique de co-investissement : Les financements européens doivent s’arrimer à des réformes structurelles favorisant l’amélioration du climat des affaires, la digitalisation et l’inclusion financière en Tunisie.
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Établir des metrics d’impact : Chaque volet du partenariat (accords commerciaux, transition numérique, formation professionnelle) doit être évalué à l’aune de résultats mesurables sur la croissance inclusive et la création d’emplois locaux à forte valeur ajoutée.
Diplomatie économique : Sortir du tout-sécuritaire par la force des infrastructures
Dans cette dynamique de refondation, la diplomatie européenne et italienne a occupé une place centrale lors des assises de Hammamet, plaidant pour un dépassement du prisme strictement sécuritaire et migratoire. Pour Giuseppe Perroni, ambassadeur de l’Union européenne en Tunisie, « le pays doit s’imposer comme un pivot central et incontournable d’un partenariat global, nourri de réalisations concrètes ».
Une vision partagée par Alessandro Prunas, ambassadeur d’Italie en Tunisie, qui a mis en lumière la convergence parfaite entre le Pacte vert européen et la philosophie du plan Mattei. Évoquant le projet d’interconnexion électrique sous-marine ELMED — entré dans sa phase active de concrétisation —, le diplomate italien a rappelé que cette infrastructure stratégique garantit la sécurité énergétique des deux rives.
« Cette infrastructure stratégique permet ainsi à la Tunisie non seulement d’exporter de l’énergie verte, mais aussi d’en importer selon l’évolution de ses besoins nationaux ». En appelant de ses vœux de nouveaux chantiers structurants de cette envergure, Rome et Bruxelles actent un véritable changement de paradigme : « l’avenir de la Méditerranée se construira désormais par des investissements productifs tangibles et le partage équitable des intérêts économiques ».
Le temps de l’audace & une mise à jour radicale des logiciels
À l’épreuve des chocs mondiaux, la Tunisie et l’Union européenne partagent un destin géographique inaltérable, mais leurs intérêts économiques exigent une mise à jour radicale des logiciels. Le 28e Forum de Réalités l’a rappelé avec lucidité : l’avenir de la Méditerranée se joue maintenant, dans la capacité des deux rives à bâtir un partenariat fondé non pas sur la condescendance ou l’urgence, mais sur l’équilibre, le respect mutuel et le dividende partagé.
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