FIFOG 2022 : Salwa et Frida, fictions courtes tunisiennes sur le combat des femmes

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Tunisie Tribune (fictions courtes tunisiennes)- L’image de la femme dans le cinéma maghrébin était assez présente dans une série de cinq courts-métrages projetés mercredi au troisième jour de la 17ème édition du Festival International du Film Oriental (FIFOG) qui se tient du 13 au 19 juin, à Genève (Suisse).

Deux fictions tunisiennes de la compétition internationale des courts-métrages, étaient en projection ; « Salwa » de Ines Ben Othman et « Frida » de Mohamed Bouhjar, des productions de 2021. La projection a eu lieu à la salle fonction aux cinémas du Grütli en présence de la réalisatrice et du réalisateur qui sont en même temps les scénaristes de leurs films.

Salwa (19’) et Frida (21’) produits avec le soutien du Centre national du cinéma et de l’image (CNCI), se rejoignent dans beaucoup d’aspects qui touchent aux tabous sociétaux en lien avec les femmes. L’appellation de ces deux courts métrages renforce ce lien entre deux œuvres pouvant être inscrites dans un cinéma d’auteur qui prône les causes des femmes et par conséquent les causes humaines.

Ace sujet, Ines Ben Othman n’est pas prête à baisser les bras pour un projet qui lui tient à coeur et qui a été réalisé après tant d’années. L’idée du film qui remonte à l’année 2010 a été rendue possible grâce à sa sélection dans le cadre d’un appel d’offres du CNCI.

Salwa est l’adaptation cinématographique d’une nouvelle (Illusion d’une nuit d’amour) de Lassaad ben Hsine. Cet écrivain tunisien d’expression arabe s’offre une grande aisance de narration dans ses nouvelles. La réalisatrice et scénariste du film est dans cette même orientation pour une créativité libérée des tabous. A partir du moment où elle part d’une idée assez « sincère et humaine », elle estime qu’au cinéma « on a le droit de dire ce qu’on veut, de faire ce qu’on veut… »

Comme elle l’a bien dit après la projection de son film, Ines Ben Othman n’a pas de limites dans la conception de son œuvre. Il est évident, pas d’autocensure chez cette femme battante elle-même qui demeure convaincue de la force libératrice du cinéma, tout en affirmant « j’essaye toujours de filmer ce que j’écris ».

Avec toute la liberté offerte à ce film réalisé et produit par des fonds publics alloués par le CNCI, Salwa avait fait l’objet d’une censure assez rigoureuse de la part du haut comité de censure en Egypte qui a interdit sa projection en salle alors qu’il était sélectionné en compétition officielle dans la 8ème édition du festival du court-métrage d’Alexandrie.

La médiatisation de sa censure a offert plus de visibilité au film ce qui lui a permis de se faire remarquer par certains festivals qui adoptent l’audace de Salwa et la question de la prostitution qui s’inscrit dans le registre des droits d’une catégorie de femmes. Ces dernières sont le plus souvent malmenées par la vie et vivant dans la précarité financière à laquelle s’ajoute le fardeau du rejet social.

Mohamed Bouhjar qui est à son premier film professionnel, a présenté un court-métrage qui explore les lacunes du système éducatif dans l’école tunisienne, la période des islamistes et tant de questions abordées.

La question des femmes est parmi tant d’autres que le réalisateur a su aborder avec un style de narration assez convainquant et lucide. La force de ce court réside dans son style de narration assez développé. La présence des enfants dans Frida a constitué une bonne surprise pour le réalisateur qui n’a pas caché sa satisfaction du degré de conscience constaté chez eux.

Lors des débats, le réalisateur marocain Hassan Benjalloun a également exprimé son admiration pour ce casting d’enfants qu’il trouve magnifique ainsi que l’institutrice, un personnage interprété par Sabeh Bouzouita. Le réalisateur est présent au FIFOG pour présenter son film « Habiba » (90’) en compétition internationale des longs métrages de fiction).

Bouhajar admet une réception assez mitigée de Frida par les cinéphiles ; entre les conservateurs qui y voyaient une fiction sur l’égalité des genres et les progressistes qui adoptent la même approche critique du réalisateur. L’approche de ce dernier n’est pas dans la confrontation entre deux idéologies mais elle s’inscrit dans une démarche réconciliante entre tous les divers protagonistes. Il essaye de lever le voile sur une certaine « confusion dans les institutions et un discours flou des dirigeants » à l’époque de la conception du film.

Les trois autres courts projetés sont également en harmonie avec le thème de la féminité du FIFOG placé cette année sous le signe de la liberté au féminin. Le festival présente une sélection de films qui sont pour la plupart de réalisatrices ou réalisateurs qui explorent des thématiques en lien avec les libertés des femmes dans nos sociétés modernes.

« Le Retour du passé » de Lakhdar el Hamdaoui (2021, 24’) est une fiction marocaine présentée en compétition. « Mqawda », documentaire algérien de Souad Douibi (2021, 13’) et « Fatale Orientale » une fiction de la réalisatrice et scénariste française d’origine algérienne Holy fatma (24’, 2020) sont sélectionnés hors compétition dans le cadre du Maghreb en courts (Orient-Express 2).

« Fatale Orientale » est le plus remarquable des trois films projetés. Cette comédie dramatique aborde la question des programmes de téléréalité qui renforcent le culte de la beauté et du corps parfait dans nos sociétés modernes minées par les apparences, le plus souvent trompeuses. Une question à double trajectoire qui concerne le dilemme d’une femme maghrébine de la deuxième génération installée en France, aussi bien que le rapport à la féminité et au corps féminin en général.

Le machisme et les tabous parentaux accablent certaines jeunes femmes comme elle. Même s’il s’avère peu évident d’assumer sa double culture, le personnage principal, confrontée aux préjugés, va se défendre pour imposer sa propre vision de la vie.

Les projections se sont poursuivies dans la soirée avec deux longs métrages de fiction en compétition officielle, venues de France et d’Egypte ; le Silence de Sibel de Aly Yeganeh (2021, 98’) et Souad de Ayten Amin (2020, 96’) qui est une coproduction Égypto-tunisienne.

TAP

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