Tunisie-Tribune (Justice – Affaire de l’appareil secret d’Ennahdha) – Le dénouement judiciaire est imminent dans l’un des dossiers politiques et sécuritaires les plus brûlants de la Tunisie post-transition. Après une série d’audiences marathon, la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme auprès du Tribunal de première instance de Tunis a achevé, tard dans la soirée du vendredi 29 mai, l’audition des plaidoiries du collectif de défense.
À l’issue de cette étape cruciale, le tribunal a mis l’affaire en délibéré et a fixé l’audience du mardi 2 juin pour recueillir les dernières déclarations des accusés avant de prononcer son verdict historique.
Le point sur les interrogatoires et le refus de comparaître de Ghannouchi
Le procès s’est accéléré ces derniers jours à travers un calendrier d’auditions rigoureux :
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Première audience : Le tribunal a entamé les interrogatoires en auditionnant le dirigeant d’Ennahdha et ancien ministre de l’Intérieur, Ali Larayedh, ainsi que son ancien conseiller. Le président du parti, Rached Ghannouchi, également concerné au premier chef par cette enquête, a quant à lui catégoriquement refusé de comparaître devant la justice.
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Deuxième audience : Les magistrats ont entendu l’ancien directeur central de la lutte contre le terrorisme d’El Gorjani, le dirigeant nahdhaoui Abdelaziz Daghsni, ainsi que l’ancien directeur général des services spécialisés au sein du ministère de l’Intérieur.
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Troisième audience : Cette session a été entièrement consacrée à l’interrogatoire du reste des co-inculpés poursuivis en état de liberté, ouvrant la voie aux plaidoiries de vendredi.
Cartographie des 35 accusés : Entre détention, liberté et cavale
L’enquête tentaculaire menée par le pôle judiciaire antiterroriste cible un total de 35 accusés, dont les statuts judiciaires se répartissent ainsi :
Genèse d’un dossier d’État : De la plainte de 2022 au pôle antiterroriste
Pour comprendre les enjeux du verdict attendu mardi, il faut remonter à la genèse de l’affaire. Ce dossier de « l’appareil secret » a officiellement éclaté en 2022, à la suite d’une plainte déposée par le comité de défense des martyrs Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, les deux leaders de gauche assassinés en 2013.
Initialement instruite par le parquet près le Tribunal de première instance de l’Ariana, l’affaire a connu un tournant procédural majeur en septembre 2023 lorsque cette juridiction s’en est dessaisie au profit du Pôle judiciaire antiterroriste, reconnu comme la seule instance légalement compétente pour traiter les infractions à caractère terroriste.
L’enjeu : Lever le voile sur la planification des assassinats de 2013
Pour le comité de défense des martyrs Belaïd et Brahmi, ce procès n’est pas une affaire isolée. Les avocats considèrent que le dossier de « l’appareil secret » est intrinsèquement lié au dossier principal des assassinats politiques, au même titre que l’affaire connexe de la « chambre noire » du ministère de l’Intérieur.
Le collectif de défense réaffirme avec insistance que toute la vérité sur le sanglant printemps de 2013 ne pourra émerger sans un traitement de fond de ces structures parallèles, soupçonnées d’avoir planifié, financé, ou apporté un soutien logistique crucial à l’exécution de ces crimes d’État. Les regards sont désormais tournés vers le palais de justice de Tunis pour le verdict de mardi.
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