28e Forum de Réalités : Refonder l’axe Tunis-Bruxelles au-delà du piège sécuritaire et des déclarations d’intention

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  • Changement de paradigme ou répétition des écueils passés ?
  • Taïeb Zahar : « Franchir une étape supplémentaire et juger sur les actes »
      • Alors que les promesses d’intégration euro-méditerranéennes peinent historiquement à dépasser le stade des déclarations d’intention, les débats de Hammamet ouvrent une brèche : la relation Tunisie-UE ne peut plus être l’otage d’une gestion de crise court-termiste.
      • « Donnant le ton dès l’ouverture, le président du Forum a fixé l’exigence méthodologique de cette 28ᵉ édition :« Il ne s’agit plus seulement de débattre des ambitions du Nouveau Pacte. Il s’agit d’examiner concrètement ses premiers plans d’action, d’en apprécier la portée, d’en identifier les opportunités et d’en interroger les conditions de réussite. »re »

Tunisie-Tribune (28e Forum de Réalités : Refonder l’axe Tunis-Bruxelles) – À l’heure où les chocs géopolitiques, les bouleversements climatiques et les recompositions géoéconomiques imposent une mise à jour impérative des relations euro-méditerranéennes, la 28ᵉ édition du Forum international de Réalités, réunie les 5 et 6 novembre 2026 à Hammamet, a posé les jalons d’une rupture doctrinale attendue. Face à l’essoufflement d’un modèle asymétrique trop longtemps confiné au prisme sécuritaire et à la contention migratoire, les débats ont acté l’urgence de bâtir un pacte de co-développement fondé sur la souveraineté partagée, l’industrialisation verte (à l’instar du projet structurant d’interconnexion électrique ELMED) et la valorisation du capital humain.

Ouvrant les assises de cette édition charnière consacrée au thème « Tunisie-Union Européenne : Le Pacte pour la Méditerranée à l’épreuve des chocs globaux », M. Taieb Zahar, président du Forum et fondateur du groupe Réalités, a livré un plaidoyer percutant en faveur d’une véritable réciprocité stratégique.

Refusant que la Tunisie soit reléguée au rang de périphérie passive ou de simple exécutante, il a appelé à substituer aux catalogues d’intentions une culture de résultats mesurables, en proposant de hisser le Forum au rang d’observatoire annuel indépendant de suivi du Pacte.

ci-après, l’intégralité du discours d’ouverture prononcé par M. Taieb Zahar :
Discours d’ouverture de la 28ᵉ Forum international de Réalités :

Prononcé par M. Taieb Zahar :

        • Mesdames et Messieurs les Ministres,
        • Excellences, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
        • Mesdames et Messieurs les représentants des institutions européennes et internationales,
        • Chers partenaires, chers intervenants, chers amis,

« C’est avec une émotion particulière et une grande fierté que je vous souhaite la bienvenue à cette 28ᵉ édition du Forum international de Réalités.

Vingt-huit éditions. Près de trois décennies de rencontres, de réflexions, de confrontations d’idées et de dialogue

Dans un monde où tant d’initiatives naissent avec enthousiasme avant de s’essouffler, cette longévité mérite d’être soulignée.

Elle témoigne d’une conviction profonde : le débat d’idées n’est pas un luxe. Il est une nécessité. Et cette nécessité devient plus impérieuse

encore lorsque les incertitudes s’accumulent et que les repères traditionnels sont bousculés.

Elle témoigne également d’une capacité de résilience qui constitue aujourd’hui l’une des plus grandes fiertés de notre Forum.

Depuis sa première édition, en 1998, notre Forum a traversé les bouleversements politiques, les crises économiques, les tensions régionales et les transformations profondes de notre société.

Il a connu des périodes d’espoir, des moments de doute et des circonstances qui auraient pu compromettre sa continuité.

« Mais il a tenu bon »

Il a tenu bon parce que nous avons toujours considéré que, dans les périodes difficiles, il fallait davantage de dialogue et non moins de dialogue.

Il a tenu bon parce que nous avons refusé de céder à la tentation du repli, du silence ou du renoncement.

Il a tenu bon, enfin, parce que nous avons pu compter sur des partenaires fidèles, qui ont partagé avec nous cette conviction et accompagné notre démarche au fil des années.

Je voudrais, à cet instant, rendre un hommage tout particulier à l’Institut européen de la Méditerranée, l’IE Med et son Président mon ami Sénén FLORENSA, et à la Délégation de l’Union européenne en Tunisie, nos principaux partenaires, dont le soutien constant a été déterminant dans la pérennité de cette aventure.

Leur fidélité va bien au-delà d’un accompagnement institutionnel. Elle traduit une conviction commune : celle que la Méditerranée doit demeurer un espace de dialogue, de coopération et de compréhension mutuelle.

Je tiens à leur exprimer, au nom de toute l’équipe de Réalités, notre reconnaissance la plus sincère.

Cette reconnaissance s’adresse également à tous nos partenaires, aux intervenants et aux participants qui, depuis près de trois décennies, ont contribué à faire de ce Forum un rendez-vous reconnu de la réflexion tunisienne et euro-méditerranéenne. (Photos)

Excellences, Mesdames et Messieurs,

L’histoire du Forum international de Réalités est indissociable de celle de notre revue.

Réalités a toujours voulu être bien davantage qu’un simple support d’information.

« Notre ambition a toujours été double »

D’abord, informer. Informer librement, avec rigueur, indépendance et sans complaisance.

Mais aussi contribuer à faire avancer la réflexion collective, ouvrir des perspectives, anticiper les transformations et donner toute sa place au débat d’idées.

Nous avons toujours défendu une conception exigeante du journalisme : une information libre et militante.

Militante, non pas au service d’un parti, d’un pouvoir ou d’une idéologie, mais militante au service de la liberté d’expression, du pluralisme, de la modernité, de l’ouverture et du progrès.

Une information qui ne se contente pas de rapporter les faits, mais qui cherche à les éclairer.

Une information qui ne renonce pas à poser les questions qui dérangent.

Une information qui considère que la liberté de penser, de débattre et de contredire constitue une richesse fondamentale pour toute société.

« C’est dans cet esprit qu’est né, en 1998, le Forum international de Réalités »

À une époque où les espaces de confrontation intellectuelle étaient encore limités, nous avons voulu créer un lieu ouvert, capable de réunir des responsables politiques, des universitaires, des économistes, des intellectuels, des acteurs de la société civile et des décideurs venus d’horizons différents.

« Notre démarche était, à bien des égards, avant-gardiste »

Nous avions la conviction que la Tunisie avait besoin d’espaces où l’on puisse réfléchir au-delà de l’actualité immédiate, confronter les expériences internationales et débattre des grandes mutations du monde.

Cette ambition demeure intacte.

Et je dirais même qu’elle est aujourd’hui plus pertinente que jamais.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Cette 28ᵉ édition est consacrée à un sujet majeur pour l’avenir de notre région : le Nouveau Pacte pour la Méditerranée, proposé par la Commission européenne.

« Ce choix ne doit rien au hasard »

Il s’inscrit dans la continuité directe des réflexions engagées lors de notre 27ᵉ édition, consacrée à l’avenir des relations entre la Tunisie et l’Union européenne.

Nous avions alors souligné la nécessité de dépasser les approches traditionnelles de la coopération et de repenser les fondements d’une relation qui, malgré sa profondeur historique, économique et humaine, peine encore à exprimer tout son potentiel.

Nous avions insisté sur l’importance d’une relation plus équilibrée, plus ambitieuse et davantage tournée vers des intérêts mutuellement partagés.

Aujourd’hui, le Nouveau Pacte pour la Méditerranée donne à cette réflexion une actualité et une dimension nouvelles.

Présenté par la Commission européenne en octobre 2025, puis lancé à Barcelone avec les partenaires méditerranéens, ce Pacte affiche une ambition importante : construire un espace méditerranéen commun, plus intégré, plus prospère et plus résilient.

Il repose sur trois grandes priorités : le développement humain, la formation et la mobilité ; le renforcement d’économies durables et intégrées ; et la coopération en matière de sécurité, de préparation aux crises et de gestion des migrations.

Ces orientations ouvrent incontestablement des perspectives.

Mais nous savons aussi, par expérience, que la Méditerranée n’a jamais manqué de déclarations d’intention, de grandes ambitions ni de cadres de coopération.

Depuis le processus de Barcelone, lancé en 1995, jusqu’aux différentes initiatives euro-méditerranéennes qui lui ont succédé, les engagements ont été nombreux.

« Les résultats, eux, ont parfois été en deçà des espérances ».

C’est pourquoi notre Forum souhaite aujourd’hui franchir une étape supplémentaire.

Il ne s’agit plus seulement de débattre des ambitions du Nouveau Pacte. Il s’agit d’examiner concrètement ses premiers plans d’action, d’en apprécier la portée, d’en identifier les opportunités et d’en interroger les conditions de réussite.

Le premier plan d’action, présenté en avril 2026 et comprenant vingt et une initiatives, constitue une étape importante.

« Mais il appelle désormais des questions essentielles »

  • Quels projets peuvent réellement transformer nos économies ?
  • Quels financements seront mobilisés, selon quels calendriers et avec quelles responsabilités ?
  • Quelle place sera accordée aux entreprises, aux universités, aux jeunes et à la société civile ?
  • Comment mesurer les résultats au-delà des annonces ?
  • Et surtout, comment garantir que les pays de la rive sud ne soient pas simplement les destinataires de programmes conçus ailleurs, mais de véritables acteurs de leur définition et de leur mise en œuvre ?
  • Voilà les interrogations que nous souhaitons placer au cœur de nos travaux.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Pour la Tunisie, l’enjeu est particulièrement important.

Notre pays entretient avec l’Europe des relations historiques, humaines, culturelles et économiques d’une profondeur exceptionnelle.

Notre proximité géographique, l’intensité de nos échanges, les liens tissés entre nos sociétés et les complémentarités de nos économies constituent autant d’atouts.

Mais nous devons aujourd’hui dépasser une vision trop souvent limitée de cette relation.

La Tunisie ne doit plus être envisagée comme une simple périphérie de l’espace européen, ni comme un partenaire réduit aux seules problématiques migratoires ou sécuritaires.

Elle doit pouvoir s’affirmer comme un partenaire stratégique à part entière, capable de contribuer activement à la construction d’un espace euro-méditerranéen plus intégré.

Un partenaire qui ne se contente pas de recevoir des propositions, mais qui participe à leur élaboration.

Un partenaire qui ne se limite pas à solliciter des financements, mais qui contribue à définir des projets créateurs de valeur partagée.

Un partenaire qui ne subit pas les transformations de son environnement, mais qui entend y prendre toute sa place.

« Cette ambition repose sur des réalités concrètes »La Tunisie dispose de compétences humaines reconnues, d’un potentiel industriel et technologique important, d’une position géographique stratégique et d’une longue tradition d’échanges avec l’Europe comme avec le continent africain.

Elle peut jouer un rôle significatif dans les nouvelles chaînes de valeur industrielles, dans la transition énergétique, dans l’économie numérique, dans la recherche et l’innovation, ainsi que dans la formation des compétences dont nos économies auront besoin demain.

Mais pour que ces opportunités deviennent de véritables leviers de transformation, il faudra dépasser la logique des projets isolés.

Il faudra construire une vision d’ensemble, identifier des priorités et mobiliser durablement les acteurs économiques et sociaux.

Il faudra également reconnaître que le partenariat ne peut être véritablement stratégique que s’il repose sur la réciprocité, la confiance et le respect des priorités de chacun.

C’est tout le sens de l’ambition que nous souhaitons porter à travers cette 28ᵉ édition : passer des intentions politiques à une vision structurante, et de cette vision à des actions concrètes.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Cette ambition suppose également un changement de regard sur la Méditerranée elle-même.

Trop longtemps, notre espace commun a été abordé principalement à travers ses crises, ses fractures et ses menaces.

La migration, l’instabilité, les tensions géopolitiques et les disparités économiques ont souvent dominé les agendas.

« Ces préoccupations sont réelles et ne sauraient être ignorées »

Mais la Méditerranée ne peut se résumer à une frontière à surveiller ou à un ensemble de risques à contenir.

Elle est aussi un formidable espace d’opportunités.

Un espace de circulation des savoirs, des talents et des investissements.

Un espace de complémentarités économiques et énergétiques.

Un espace où les défis climatiques, environnementaux et sociaux appellent des réponses communes.

Et surtout, un espace humain et civilisationnel dont l’histoire nous rappelle que les échanges, les rencontres et les influences réciproques ont toujours été des facteurs de progrès.

Le Nouveau Pacte pour la Méditerranée ne réussira pleinement que s’il parvient à traduire cette vision positive dans des réalisations tangibles.

Car c’est à l’aune de ces réalisations, et non à celle des déclarations, que sera jugée la crédibilité de cette nouvelle ambition méditerranéenne.

Chers amis,

Nous souhaitons que cette 28ᵉ édition ne soit pas simplement un moment de réflexion, aussi riche soit-il, mais qu’elle marque le début d’une démarche inscrite dans la durée.

Car le véritable défi du Nouveau Pacte pour la Méditerranée ne réside pas seulement dans la pertinence de ses ambitions, mais dans notre capacité collective à en suivre la traduction concrète.

C’est pourquoi nous souhaitons que le Forum international de Réalités puisse devenir, avec l’appui de ses partenaires, un rendez-vous annuel de suivi, d’analyse et d’évaluation des avancées du Pacte, particulièrement dans ses implications pour la Tunisie.

Un espace indépendant, ouvert et constructif, où les engagements pourront être confrontés aux réalisations, où les difficultés pourront être identifiées sans complaisance et où de nouvelles propositions pourront émerger.

Concrètement, nous pourrions, à chaque édition, dresser un état des lieux des engagements pris, mesurer les progrès accomplis, identifier les obstacles persistants et mettre en lumière les initiatives qui produisent des résultats.

Nous pourrions ainsi contribuer à installer, dans la durée, une véritable culture de l’évaluation, de la transparence et de la responsabilité partagée.

Il ne s’agit pas de nous substituer aux institutions, mais de jouer pleinement notre rôle : celui d’un média libre et engagé, capable de nourrir le débat public, de rapprocher les acteurs et de contribuer à la réflexion stratégique.

Cette démarche serait fidèle à l’esprit qui nous anime depuis 1998 : ne pas seulement accompagner l’actualité, mais contribuer à éclairer et à préparer l’avenir.

Nous aimerions ainsi que, d’une édition à l’autre, notre Forum permette de répondre à une question simple, mais essentielle :

Qu’avons-nous réellement accompli pour faire de la Méditerranée un espace de prospérité, de solidarité et de destin partagé ?

Car les déclarations ouvrent des perspectives. Mais seules les réalisations donnent sa crédibilité à une ambition.

Excellences, Mesdames et Messieurs, chers amis,

Au moment de conclure, je voudrais revenir à ce qui constitue depuis près de trois décennies la raison d’être du Forum international de Réalités.

Notre persévérance n’aurait aucun sens si elle se réduisait à la simple volonté de perpétuer une tradition.

Si nous avons tenu à organiser vingt-sept éditions, et si nous ouvrons aujourd’hui la vingt-huitième, c’est parce que nous croyons toujours à l’utilité de cet espace de liberté, de réflexion et de dialogue.

Nous croyons que les idées peuvent contribuer à transformer les réalités.

Nous croyons que les différences de perspectives peuvent devenir une source d’enrichissement mutuel.

Nous croyons, enfin, que l’avenir de la Méditerranée ne peut se construire durablement sans une véritable implication des sociétés qui la composent.

« Cette conviction nous anime depuis 1998 et continuera à nous guider »

Je souhaite renouveler mes remerciements les plus chaleureux à nos partenaires historiques, particulièrement à l’IE Med et à la Délégation de l’Union européenne en Tunisie, ainsi qu’à tous ceux qui contribuent à la réussite de cette rencontre : PHILIP MORRIS INTERNATIONAL, CDC, les laboratoires SAIPH, POULINA GROUPE HOLDING, SFBT, AGIL Energie et L’ATB

Je remercie également nos éminents intervenants, venus partager leurs analyses et leurs expériences, et l’ensemble des participants qui nous honorent de leur présence.

  • Je tiens à remercier chaleureusement les membres du comité scientifique du Forum International de Réalités Messieurs les Ministres Afif CHALBI, Slim TLATLI, Hakim BEN HAMMOUDA et messieurs Adel, BEN YOUSSEF et Ezzeddine KHALFALLAH.
  • Grâce à leurs engagements à la richesse de leurs réflexions et à leurs sens des enjeux, ils ont su bâtir un programme la fois ambitieux e cohérant.

Je tiens également à remercier du fond du cœur le comité d’organisation du FIR

  • Mesdames Amel BEN NACEUR, Mounira NHIDI, Sarra ZNEIGUI Fatma SOLTANI et Messieurs Issam GHARSALLI et Sami OUNI .

« Le Nouveau Pacte pour la Méditerranée ouvre une perspective »

Il nous appartient collectivement de faire en sorte qu’elle ne demeure pas une promesse de plus.

Pour la Tunisie, l’enjeu est clair : ne pas rester à la périphérie d’une dynamique qui engage directement son avenir, mais devenir un acteur de premier plan dans la construction d’un partenariat méditerranéen renouvelé.

Car la Tunisie n’est pas à la périphérie de la Méditerranée. Elle est au cœur de son histoire, au croisement de ses échanges, et doit être pleinement actrice de son avenir.

    • C’est cette conviction que nous souhaitons partager aujourd’hui.
    • C’est cette ambition que nous voulons mettre en débat.
    • Et c’est dans cet esprit que je déclare ouverte la 28ᵉ édition du Forum international de Réalités.
    • Je vous remercie de votre attention. »

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