L’avion plus vert sera aussi plus cher pour les passagers

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Tunisie Tribune (L’avion plus vert) – Pour tenir ses objectifs de réduction des émissions de CO2, les investissements devront être colossaux alors que le trafic de passagers va continuer à augmenter.

Avion à hydrogène, électrique, agro-carburants…, sous pression face au changement climatique, l’industrie aéronautique planche sur différents scénarios pour réduire au plus vite son empreinte carbone. Rappelons que selon le consensus scientifique, le secteur aérien représente 2 à 3% des émissions de carbone dans le monde.

Evidemment, cette révolution industrielle aura un coût colossal pour les industriels mais surtout pour les compagnies qui restent aujourd’hui fragiles même si le trafic reprend.

Pour Andreas Schafer, professeur d’énergie et de transport à l’University College London, cela « coûterait des milliers de milliards plutôt que des milliards de dollars » pour faire passer le secteur mondial de l’aviation à zéro émission de carbone, a-t-il déclaré à la BBC.

Des billets 10 à 20% plus cher

Ces investissements colossaux auront pour conséquence un renchérissement des prix des billets prévoit l’expert. Les résultats préliminaires des recherches de son équipe suggèrent une augmentation de 10 à 20% pour couvrir les coûts.

« À court terme, le soutien du gouvernement sera nécessaire avec ces coûts, car la décarbonisation de l’aviation sera extrêmement difficile et les efforts actuels devront être considérablement intensifiés », souligne Andreas Schafer.

« C’est le plus grand défi à long terme auquel cette industrie est confrontée », poursuit-il. « Nous sommes dans une industrie classée comme difficile à décarboniser parce que nous n’avons pas encore en masse les biocarburants ou les carburants d’aviation durables (SAF) dont nous aurons besoin. »

Un constat partagé par le patron de United Airlines, la deuxième plus grande compagnie aérienne au monde.

« Au fil du temps, cela va nous coûter plus cher, mais c’est la bonne approche que nous devons adopter », a déclaré à la BBC Ed Bastian.

10 milliards de passagers en 2050

Delta explique notamment investir 30 millions de dollars par an pour la compensation carbone, elle est neutre en carbone depuis mars 2020. Et s’est engagé à dépenser 1 milliard de dollars au cours de la prochaine décennie pour annuler toutes les émissions qu’il crée.

Le secteur devra être particulièrement offensif car malgré la prise de conscience mondiale, le nombre de passagers transportés devrait bondir passant de 4,5 milliards avant la pandémie à 10 milliards d’ici 2050, selon l’Association internationale du transport aérien (IATA).

Le directeur général de l’IATA, Willie Walsh, a déclaré à la BBC que si la création des niveaux de production SAF nécessaires était un grand défi, « c’est parfaitement possible si l’industrie et les gouvernements travaillent ensemble ».

« L’augmentation de la production ramènera les coûts à des niveaux compétitifs. Nous avons vu des augmentations similaires dans le développement de l’énergie solaire et éolienne au cours des dernières décennies. »

Augmenter la production d’agro-carburants

C’est en effet le défi à court terme pour l’industrie, le développement d’un avion à hydrogène n’étant pas pour demain. Sur BFM Business, Guillaume Faury, patron d’Airbus le confirme.

« La bonne nouvelle, c’est qu’il y a un potentiel à très court terme d’aller très vite sur les bio-carburants pour autant que cette filière se développe c’est à dire que les compagnies aériennes soient prêtes à accepter d’acheter des carburants un peu plus chers », explique-t-il.

C’est une « technologie naissante aujourd’hui, pour qu’on atteigne nos objectifs, il va falloir qu’elle se développe dans une proportion très différente de ce qu’elle est aujourd’hui », reconnaît-il. « Mais toute cette équation économique est en train de changer », ajoute Guillaume Faury qui estime qu’un avion 100% à bio-carburant est envisageable en 2035 « grâce au travail en commun, à la collaboration pour trouver les bonnes solutions ».

Pour autant, les efforts de l’industrie peinent à convaincre les associations. Greenpeace évoque ainsi « un optimisme excessif sur les soi-disant » carburants d’aviation durables « et les futures conceptions d’avions ».

« Mais il manque la seule chose qui soit nécessaire pour atteindre l’objectif de limiter l’augmentation de la température à 1,5°C, qui est une action tangible pour donner la priorité aux voyages écologiques et réduire les vols ».

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