« L’hiver 2023 pourrait être marqué par un cumul de précipitations au dessus de la moyenne de la saison » (Expert)

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Tunisie Tribune (L’hiver 2023) – Une douceur exceptionnelle caractérise le climat de ce mois de décembre en Tunisie. Les valeurs comprises entre 20° et 23° et qui ont atteint certains jours les 29° ont, certes, permis aux Tunisiens de faire des économie d’énergie, mais le manque de pluie et la sécheresse qui en découlent, pourraient avoir des conséquences désastreuses sur l’agriculture et les réserves en eau.

Dans son bulletin mensuel du mois d’octobre, rendu public ce mercredi 28 décembre 2022, l’Institut National de la Météorologie a indiqué que le mois d’octobre de cette année a été le deuxième le plus sec après octobre 1960, avec un cumul de précipitations de 92.8mm représentant uniquement 9 % de la normale du mois (835 mm), soit un déficit pluviométrique de 90%.

Le pourquoi et le  comment d’un hiver doux en Tunisie ?

Afin de comprendre pourquoi la Tunisie se trouve dans une phase de douceur et sèche en plein hiver, nous nous sommes adressés à Haytham Belghrissi, expert en climat et membre de l’Association tunisienne des changements climatiques et du développement durable (2C2D).

Il indique dans un premier temps que de nombreux facteurs climatiques influencent la saison hivernale chaque année sur le globe et notamment sur notre région. « Il existe plusieurs facteurs de circulation générale que nous pouvons analyser et même prévoir pour avoir une meilleure idée et visibilité de ce à quoi s’attendre dans les mois à venir tels que l’oscillation nord-atlantique, l’oscillation arctique et l’indice ENSO », nous dit-il.

Ainsi, l’un des principaux facteurs cette année est la phase froide, appelée « La Niña », dans les régions ENSO, qui entre dans sa troisième année consécutive devenant ainsi le premier événement de ce type au cours de ce siècle à s’étendre sur trois hivers de suite sur l’hémisphère nord d’après l’Organisation Météorologique Mondiale.

« Cette région de l’océan Pacifique équatorial passe d’une phase chaude à une phase froide. Généralement, il y a un changement de phase environ tous les 1 à 3 ans », affirme l’expert.

Belghrissi explique également que malgré la persistance de « La Niña » dans le Pacifique, les températures de la mer sont largement supérieures à la moyenne ailleurs contribuant à des températures terrestres supérieures à la normale dans une grande partie de l’hémisphère nord notamment sur l’Afrique du nord et la Tunisie.

« Toutes ces conditions climatiques favorisent déjà un hiver plus doux et qui a été aggravé par l’effet du changement climatique surtout quand on sait qu’en raison du changement climatique, le globe et plus particulièrement notre région se réchauffe et se dessèche, et cette chaleur devrait continuer à augmenter quelques soit le scénario d’émission d’après les études de l’institut national de la météorologie et du le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) », poursuit Belghrissi.

Quelles prévisions ?

Haytham Belghrissi souligne que les dernières prévisions du modèle du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (ECMWF) et du modèle américain CFSv2 indiquent qu’il y a 75 % de chances que la Niña persiste en décembre-février 2022/2023 et 60 % de chances en janvier et mars 2023. Il y a 55 % de chances que des conditions ENSO neutres (ni El Niño ni La Niña) émergent en février-avril 2023, passant à environ 70 % en mars-mai.

« Quant au Nord Atlantique on s’attend qu’il soit dans une phase d’oscillation nord-atlantique (NAO) faiblement négative. En outre, une zone de basse pression sur le sud-ouest de l’Europe et les Açores, ouvre la possibilité à plusieurs variabilité tout au long de l’hiver ».