Trés détaillée et pédagogique, l’Interview d’Elyès Fakhfakh s’est voulue rassurante et constructive

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Tunisie-Tribune (Interview d’Elyès Fakhfakh) – chef du gouvernement, Elyes Fakhfakh a accordé ce dimanche 19 avril 2020, une interview aux chaînes la la lutte contre le Covid-19 et Hannibal TV, pour donner plus de précisions sur les mesures prises par le conseil de sécurité nationale en rapport avec la lutte contre le Covid-19, et la durée du confinement.

Le chef du gouvernement a indiqué que le confinement général se poursuivra jusqu’au 3 mai, assurant que cette durée a été fixée après une évaluation détaillée et précise. Il a ajouté qu’à partir du 4 mai, l’Etat commencera un confinement ciblé. Revenant sur le couvre-feu, il a indiqué que l’horaire a été révisé et sera désormais de 20h à 6h, afin que les Tunisiens puissent garder certaines de leurs habitudes durant le mois de ramadan.

Elyes Fakhfakh a indiqué que l’Etat a réussi à maîtriser la situation grâce au respect du confinement. « 70% revient à la conscience des citoyens, même si nous avons constaté quelques dépassements et dérapages. Nous ne sommes pas sortis de la crise. Si nous lâchons prise, la situation peut dégénérer. C’est pour cela que notre objectif est de préserver une courbe aplatie. Même dans deux semaines, le déconfinement doit être progressif selon plusieurs critères. Jusqu’à présent, nous sommes sur la bonne voie. Je comprends parfaitement que la vie en confinement soit difficile, mais nous devons persévérer ».

Quant au déconfinement progressif et ciblé, il a indiqué, que des études ont été effectuées pour déterminer les secteurs et les régions qui pourront reprendre leurs activités graduellement. « Nous allons accorder des autorisations de circulation et établir des cahiers des charges. Nous tirons les conclusions des expériences à travers le monde et nous essayons d’anticiper. Si nous poursuivons avec le même état d’esprit, nous pourrons réussir ».

D’autre part, Elyes Fakhfakh a annonccé que la première période était consacrée au démarrage du confinement : « Ce n’était pas évident de placer 10 millions de Tunisiens chez eux, et de définir les 1,5 million qui poursuivront leurs activités tout en leur fournissant les conditions nécessaires. Ensuite, nous nous sommes penchés sur les aides sociales et les mesures d’accompagnement des entreprises économiques. L’étape d’après est consacrée à l’étude des différents scénarios possibles et la préparation du déconfinement progressif », indique-t-il, précisant que la situation actuelle ne peut durer indéfiniment, d’autant plus que les répercussions économiques et sociales sont considérables.

Par ailleurs, il a indiqué qu’il y a une synchronisation entre le secteur public et privé, soulignant qu’il y aurait une possibilité de réquisition, notamment pour les cliniques et les hôtels.

Revenant sur la question des tests, Elyes Fakhfakh a indiqué que les tests pratiqués actuellement dépistent la présence du virus avec le plus de fiabilité : « Pour les tests rapides, la première problématique concerne la fiabilité, parfois elle est de 60%, mais nous pouvons les utiliser dans les clusters et le ministère de la Santé en a testé beaucoup de modèles. Ensuite, il ne faut pas oublier la concurrence sur le marché international. Il y a une forte demande. Nous avons fait une commande qui a été retardée à deux reprises, et nous serons livrés vers le 20 ou le 21 de ce mois. Nous devons acquérir les tests rapides parce que le déconfinement ciblé doit être accompagné d’un dépistage massif ».

Interrogé à propos des mauvaises conditions de certains centres d’isolement obligatoire, le chef du gouvernement a indiqué que l’Etat est en situation de guerre et qu’il est nécessaire de se débrouiller avec les moyens du bord. « Au début, les centres n’étaient pas au point, notamment les foyers universitaires, mais au fur et à mesure, les choses commencent à s’arranger. Et comme j’ai dit, en temps de guerre, il n’y a pas de place pour le luxe, et ceci ne peut en aucun cas justifier les évasions ».

Il a ajouté que les mesures d’isolement obligatoire visent à préserver les personnes concernées en premier lieu mais aussi tous les Tunisiens. « D’ailleurs, nous avons mis en place le système des amendes pour les personnes qui violent les mesures de confinement. Un décret-loi a été émis à cet effet. Des amendes sont, également, prévues pour les personnes qui ne respectent pas l’isolement obligatoire. Elles vont de 1.000 dinars jusqu’à 5.000 dinars en cas de récidive ».

Elyes Fakhfakh a abordé les rassemblements liés aux visites officielles des hauts responsables de l’Etat, affirmant qu’il a pris la décision de ne plus effectuer ce genre de visite. « J’ai constaté que peu importe les mesures sécuritaires prises, il y a toujours des débordements. Les visites du ministre de la Santé sont fortes en symbolique comme celles du président de la République, même si je suis contre ces rassemblements ».

Le chef du gouvernement s’est penché sur la polémique autour des bavettes lavables affirmant que toute cette polémique n’avait pas lieu d’être : « Le ministre a fait un effort. Nous avons besoin de deux millions de bavettes pour mettre en place le déconfinement ciblé. C’est quoi ces histoires qu’on essaye d’inventer. Nous ne sommes pas en situation ordinaire. Avec les moyens actuels, nous ne pouvons produire les deux millions de bavettes qu’au bout de cinq mois. Il faut arrêter avec ces histoires de bureaucratie. Aujourd’hui, comment pouvons-nous assurer la reprise sans protection ? C’est moi qui vais en être responsable. Je ne compte pas rester prisonnier de cette bureaucratie qui nous accable. Même les plus grandes compétences refusent les postes de responsabilités à cause de ce genre d’affaires. Le ministre a fait un effort et c’est son devoir. Après, il y a la justice, les instances de lutte contre la corruption qui détermineront s’il y a corruption. Le cas échéant, je serai intransigeant, mais il faut agir maintenant, et trouver toutes les solutions possibles quitte à émettre une loi permettant au député de vendre les bavettes aux Tunisiens ».

D’autre part, M. Fakhfakh a indiqué qu’avec la prolongation du confinement, une deuxième tranche des aides sociales sera versée. « Nous allons verser 60 dinars aux familles démunies durant le mois de ramadan et 200 dinars aux classes fragiles », soulignant qu’une solution de carte virtuelle se rapprochant du mobil paiement a été mise en place afin d’éviter l’encombrement au niveau des bureaux de poste. « Un code qui sera reçu sur le téléphone des bénéficiaires leur permettra de récupérer leur argent même dans les agences bancaires ».

Il a, également, indiqué que l’accord conclu entre l’UGTT, l’Utica et le gouvernement est maintenu assurant que l’Etat prendra en charge 200 dinars du salaire des agents des entreprises concernées et l’employeur payera le reste. « Cela dit, l’employeur aura la possibilité de fixer les modalités, soit en comptabilisant les jours de congés ou en prévoyant des heures supplémentaires à effectuer plus tard, ou encore rien de cela ».

Quant aux secteurs qui reprendront l’activité progressive, soit à partir du 3 mai, Elyes Fakhfakh a indiqué que le secteur de l’agroalimentaire sera concerné avec l’approche du mois de ramadan, ainsi que les secteurs concurrentiels à l’instar du textile ou des composants automobiles. « D’autre part, les métiers, où il y a une seule personne ou deux, seront autorisés à reprendre leurs activités, et dans ce contexte, nous comptons sur la collaboration des autorités locales et des municipalités. Il y a, également, un cahier des charges à respecter et des mesures. Nous allons superviser l’opération et s’il y a des dérapages nous allons revenir en arrière ».

Elyes Fakhfakh a également expliqué que vu la situation exceptionnelle, les fidèles ne pourront retourner aux mosquées durant ramadan et que cette année le mois saint sera différent : « Je suis conscient que cette situation pèse sur les citoyens, que nos habitudes seront chamboulées, toutefois la religion préconise avant tout la préservation de la vie humaine ».

Concernant l’année scolaire et universitaire, le chef du gouvernement a insisté sur le fait qu’il n’y aura pas d’année blanche, soulignant que le calendrier définitif sera annoncé le 29 avril. « A priori il y aura un retour des classes pour les élèves qui passeront un examen national vers mi-mai. Et les examens auront lieu vers le début du mois de juillet. Pour les universités le retour est prévu vers la fin du mois de mai et les examens vers la mi-juillet. Dans tous les cas, le calendrier sera annoncé le 29 avril par les ministres concernés ».

Pour finir, le chef du gouvernement, a indiqué : « Nous devons être conscients des efforts que nous avons déployés. Toutefois, nous devons préserver cet état esprit, parce qu’il y aura la période de « l’après coronavirus ». Ce sera une période de construction et de réforme, qui ne peut être entamée qu’avec cet esprit-là. Il y aura aussi de nouvelles opportunités que nous devons saisir parce que le monde va changer après cette crise. Il y a une série de réformes à effectuer, et personnellement, je peux m’engager à un rendez-vous hebdomadaire avec les Tunisiens avec ce format pour les tenir au courant de toutes les évolutions ».

Source : S.H./BN

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