Khalil Zamiti : « Le droit au sommet de l’Etat »

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Tunisie-Tribune (sommet de l’Etat) – Un faisceau d’éclairages partiels contribue à expliquer les raisons d’un vote quelque part sous-analysé. Pour élucider le franc succès de Kaïs Saïed, le plus rare des oiseaux rares, soudain issu d’un couloir inattendu, la plupart mentionnent l’appui fourni à l’universitaire par les cohortes estudiantines et même enfantines.

Durant les moments électoraux, où les pêcheurs en eau trouble ne manquent pas, brandir la jeunesse telle une valeur en soi, pervertit le débat. Hors de ses pratiques, représentations et choix, bénéfiques ou maléfiques, la jeunesse n’existe pas. Car les frères sont là, peaufinent leurs manigances, traquent la gouvernance et ambitionnent de mener la danse, D’autres commentateurs et donneurs d’évidences évoquent le vote-sanction infligé au « système », honni, aussi, par le pugnace Harak d’Algérie. Ces deux ou trois optiques apportent leur brique à l’édification d’une  problématique. Mais le tronc commun à ces diverses appréciations paraît avoir partie liée avec une observation.

Juriste, le propulsé vers les marches du palais incarne à la fois, la droiture et le droit.

Or, depuis la Révolution, une même revendication ne cesse de monter à l’assaut des gouvernements : le droit au travail, à la dignité, à la santé, à l’égalité, à l’éducation, à une libre expression de l’opinion et à l’intégration des régions. Le droit, le droit, le droit !

Sésame ouvre-toi ! Et le constitutionnaliste répond : Me voilà, en chair et en os, disposé à satisfaire tous ces droits.

Parmi ce vaste et occulte mélange des genres, parfois contradictoires, figure al Watad et son espoir illusoire. Marqueur des groupes sociaux outrés par un droit mené en bateau, ce parti semble jouer avec le feu de l’ambiguïté. Pour les défenseurs de Brahmi-Belaïd, un chef d’Etat assimilé au droit sera mieux à même de résoudre le problème des assassinats. Mais une telle déduction sème les germes de l’incontournable désenchantement.

Disqualifiée, —fragmentée—, la gauche ne sait plus à quel saint homme se vouer. Qu’à cela ne tienne ! Le vainqueur servira l’aubaine.

Cependant, le nouveau chef d’Etat, caressé parle parti de Ghannouchi,  ne saurait gesticuler en un lieu où ambitionne de veiller, sur tout, l’œil de Moscou. Le bâton parlera au cas où séviraient les partisans de Bourguiba.

Déjà, les nouveaux takfiristes prolifèrent, brouillent les pistes et corrigent les journalistes. Après la réislamisation, voici venues la rééducation et ses pratiques à la mode soviétique. Partout bourgeonnent, foisonnent et sonnent les clairons de la terreur avec leurs signes avant-coureurs.

Coincé entre le profane et le sacré, l’élu du peuple bipolarisé découvre sa position peu drôle et défend les médiateurs en paroles.

A ces propos, la question n’est guère de savoir si les éternels « protecteurs de la Révolution » font partie ou non du clan acquis au président. Car son discours suffit à galvaniser les tenants de l’action directe pris de furie face aux manières parlementaires, bêtes noires de l’anarchiste, rejeton du bavardage populiste. L’ère des guépards est bel et bien terminée avec le départ du grand timonier. Car c’est l’homme qui fait le panache et non l’accès au palais par une élection ou magouille, pour une part, l’usage trouble de la religion. Par l’entremise des mêmes urnes, les revanchards, durs à cuire, pourront goûter aux plaisirs promis aux ronds-de-cuir. Al Watad ferme l’œil, à moitié, sur la stratégie de la Choura, au moment où les faucons de la tendance islamique traitent les démarches entreprises pour défendre Belaïd et Brahmi, de chouha.
Et quand, dans cette ample offensive liberticide, un juge réclame la fermeture d’Al Hiwar, les magistrats inscrivent l’initiative au registre d’une libre opinion.

L’oiseau rare ne dit mot car, avec les prélats, on ne badine pas. En outre, le très sage promet de renverser la pyramide aussitôt entré à Carthage pour occuper le sommet de cette même pyramide. Il compte sur l’inculture pour imputer à son génie les indications piquées au gré de ses lectures. Hélas, le siècle de Périclès n’est pas le 21e siècle de la Tunisie. Plus près de nous, Antonio Negri, aussi, misait sur les brigades rouges pour inféoder le « pouvoir politique » à la « puissance populaire ». Qui ne le voit, tout le bien et tout le mal peuvent provenir du droit.

Les juges accourent au secours du juge monté à l’assaut d’une chaîne privée au nom d’une libre expression de l’opinion. Cependant, mandaté pour énoncer la parole autorisée, un juge n’opine pas, il juge. Passé à la façon du vent, ce dangereux précédent, nimbé d’ambiguïté, adjuge le tapis rouge à la république des juges. Par esprit de corps, ils foulent aux pieds le droit de parler pour défendre l’affilié à leur métier. Le devoir d’impartialité prescrit aux juges, et jamais partie, de maintenir l’envolée de leurs idées au-dessus de la mêlée. Ou alors sur les terrains, l’arbitre, soudain écervelé, troque sa fonction contre celle d’un joueur improvisé. Sous les robes noires prospèrent des pratiques bizarres et par ces temps moroses, les avocats des canardés politiques en savent quelque chose. Maintenant Zorro est arrivé pour tout régler. A la clôture du speech d’investiture, à l’accent professoral, Mourou, le cheikh très catholique, replace Kaïs à sa place d’allié objectif, dégonfle sa baudruche parolière et remet les pendules à l’heure des amis nahdhaouis.

Laconique, perfide, un tantinet arrogant, il glisse une peau de banane sous les toutes neuves chaussures présidentielles avec l’air d’expédier une torpille quasi mortelle. Mine de rien, il écrit sur l’engin : entre les principes rédigés sur le papier pour être lus et leur mise en œuvre, veille la pieuvre. « Paroles, paroles », chantait maintes fois Dalida. Un peu trop scotché sur son papier, le nouveau Carthaginois ne renoue guère avec les discours spontanés, improvisés, animés, de Bourguiba. Où sont passés l’humour et les gestes mémorisés pour toujours ?   

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