FITA 2021 : discours d’Ouverture de Marouane Abbassi, Gouverneur de la BCT, au nom du President Kais Saied

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Tunisie-Tribune (FITA 2021) – « Son excellence Monsieur le Président de la République Kais SAIED m’a fait l’honneur de prononcer l’allocution d’ouverture de cette importante conférence internationale, tenue sous son haut patronage, en l’occurrence la quatrième édition du « FITA 2021 ».  Permettez-moi de vous souhaiter à cette occasion, la bienvenue et un agréable séjour parmi nous en Tunisie. »
« Permettez-moi aussi de remercier vivement les organisateurs de cet important évènement pour le choix judicieux et fort opportun du thème de la conférence qui est, faut-il le préciser, d’une grande actualité.
La crise sanitaire COVID-19 et ses retombées néfastes sur l’économie mondiale en 2020 a montré les limites de la mondialisation, qui en dépit de ses multiples apports à l’économie mondiale, a dévoilé des déficiences majeures, liées notamment à la rupture des chaines d’approvisionnements. Elle a ainsi mis en exergue l’importance vitale de la proximité, d’où l’impérieuse nécessité, pour nous Africains, de nous concentrer désormais sur l’importance à accorder au renforcement de la coopération régionale et sous-régionale.
La pandémie a eu également pour résultat de rappeler, et c’est une autre leçon opportune à méditer par nous tous, la faiblesse de la coopération panafricaine en matière d’échanges commerciaux (14,4 % en 2019), sans parler des services et des investissements étrangers. Aussi, l’économie du Continent, dont les échanges de biens ne dépassent guère 2,5% du commerce mondial, a-t-elle accusé une récession de -2,4 % en 2020, avec entre autres, une détérioration du ratio d’endettement, qui est de l’ordre de 70% du PIB.
Pour la Tunisie, les échanges avec le Continent (hors pays arabes) continuent à représenter des parts minimes dans le commerce extérieur global, soit 2% des exportations et seulement 0,5% des importations.
Ainsi donc, des défis majeurs sont à relever par nos pays, pour raviver au plus vite le rythme de l’activité économique, maitriser la dette et surtout dépasser les difficultés croissantes à accéder aux marchés financiers internationaux et garantir un financement stable et à des conditions abordables. A cet égard, le FMI estime à 285 milliards de dollars les financements supplémentaires nécessaires aux pays africains sur la période 2021-2025, dont près de la moitié aux pays à faible revenu.
Néanmoins, et avec les perspectives de reprise de l’économie mondiale en 2021, (croissance de 5,6% et progression du commerce mondial de marchandises de 8%), de vastes opportunités s’offrent aux économies africaines qu’il faut exploiter à bon escient.
A cet effet, la coopération bilatérale et multilatérale constitue un tremplin idéal pour la relance de l’investissement et de la croissance dans nos pays, et là, le secteur privé, par son dynamisme et sa réactivité constitue le fer de lance de cette reprise, au même titre que les initiatives non gouvernementales, dont Tunisia-Africa Business Council (TABC) en est un exemple édifiant.
Il serait utile de rappeler à cet effet que sur le long terme, l’Afrique demeure la deuxième région du monde qui dispose de la croissance la plus rapide, derrière l’Asie, se traduisant par un taux de retour sur investissement parmi les plus élevés dans le monde, ce qui suscite l’intérêt et l’appétence des grands groupes internationaux, mais aussi des opérateurs nationaux.
En Tunisie, face à la pandémie, et en appui aux mesures d’endiguement prise par les autorités publiques, la contribution du système financier a été déterminante dans la gestion de la crise par la mise en œuvre de mécanismes et actions non conventionnelles, permettant d’alléger les charges financières des entreprises et des ménages, et de renflouer les liquidités des agents économiques, y compris l’Etat.
Ce rôle doit être consolidé davantage sur l’ensemble du Continent, en vue d’accompagner efficacement la reprise de l’activité économique, par le renforcement des capacités du système, l’amélioration des services financiers basés sur le digital, au profit des entreprises aussi bien celles agissant dans les domaines conventionnels que les start-ups et les Finetech.
A cet égard, la coopération et les synergies entre les institutions financières régionales (BAD, AFREXIMBANK, AFC) dont l’apport est à saluer, doivent être raffermies, parallèlement au développement des marchés financiers domestiques, mettant à profit le recours à l’innovation et aux nouvelles technologies, qui ont joué un rôle crucial dans la continuité des activités pendant la période de crise, et qui constitue désormais une exigence de premier ordre, qui appelle une réorganisation adaptée du travail et une redéfinition des priorités.
De toute évidence, les autorités publiques sont, pour leur part, appelées à réagir avec la célérité et l’efficacité nécessaires pour mettre en œuvre les réformes urgentes en vue d’assainir et renforcer le climat des affaires, et d’asseoir un environnement plus propice et incitatif à l’investissement, au diapason des exigences de la création d’entreprises innovantes.
De même, les autorités de régulation, et notamment les Banques Centrales ont également un rôle déterminant à jouer, non seulement en tant qu’institutions de stabilisation macroéconomique et de préservation des équilibres financiers, prérequis de la relance de l’investissement local et étranger, mais aussi en tant que pourvoyeur des agents économiques d’un outil fiable d’ancrage des anticipations et de la visibilité nécessaire dans un environnement entaché d’incertitude.
Il est à souligner à cet égard, que la Banque Centrale de Tunisie (BCT) travaille avec ses pairs et partenaires du Continent pour renforcer la coopération, dans les domaines du financement, de l’intégration et la modernisation des systèmes de paiements africains, mais aussi sur l’élaboration des statuts de l’Institut Monétaire Africain devant conduire à terme à la création d’une Banque Centrale Africaine.
Cela étant, les efforts conjugués des différentes parties prenantes dans un souci de réunir les conditions de reprise de la croissance économique,  de l’emploi et du développement inclusif et durable, ne peuvent atteindre les objectifs escomptés sans la mise en œuvre de politiques structurelles communes qui requièrent la conjonction des efforts au niveau bilatéral et régional, et qui s’inscrivent dans le cadre de la promotion de l’économie numérique et du développement durable (économie verte), et ce, dans le cadre d’une politique globale de relance post-COVID.
En particulier, La priorité doit être accordée aux domaines suivants :
• Dans l’immédiat, la priorité absolue est de vaincre la pandémie, qui passe inéluctablement par une vaccination à une grande échelle de nos populations. Ainsi, il serait impératif d’unir nos efforts afin d’agir ensemble pour un accès équitable aux vaccins, aux traitements et aux moyens de diagnostic sûrs et abordables.
• Choix des projets prioritaires porteurs au moyen de financements communs : l’éducation, la santé, la transition numérique….
• Mobilisation du soutien international indispensable pour appuyer les vastes plans de relance des pays de l’Afrique, qui devraient s’accompagner par plus de flexibilité concernant les plafonds d’endettement et de déficit, tels qu’exigés par les bailleurs de fonds multilatéraux.
• Mobilisation de l’aide des institutions financières multilatérales afin d’accroître leur financement des investissements publics dans le secteur du numérique. L’implémentation d’une transformation numérique en Afrique est plus que primordiale, mais requiert des réformes et d’investissements dans les infrastructures, les compétences et les plateformes numériques, ainsi que les services financiers. La Banque mondiale estime que le coût de ces investissements pourrait atteindre 80 à 100 milliards de dollars au cours des 10 prochaines années. Les organisations multilatérales sont appelées à s’engager davantage dans le financement de projets en matière d’énergies renouvelables en Afrique.
• Renforcement des investissements dans les secteurs visant l’inclusion financière, en l’occurrence, les fintechs et le commerce électronique.
• Résorption du déficit énergétique par le développement des secteurs des énergies traditionnelles et renouvelables.
• Renforcement des liaisons aériennes, terrestres et maritimes
• Développement de la présence bancaire,  facteur de promotion des affaires.
• Favoriser la création de zones de libre-échange au niveau régional et à terme continental, qui pourrait permettre aux pays africains d’atténuer sensiblement l’état d’extrême pauvreté
• Mise en œuvre de mesures communes de facilitation du commerce visant à lever les freins bureaucratiques et à simplifier les procédures douanières.
 Mesdames et Messieurs, je vous remercie pour votre attention. »

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